Saturday, August 16th, 2008 10:42 PM

Samuel Blaser compose les eclats d'une metamorphose dans le metro

Le Chaux-de-Fonnier de New York Samuel Blaser vernira son disque «7th Heaven» demain au théâtre du Pommier, à Neuchâtel. Il jouera avec Tyshawn Sorey, un batteur très courtisé par la scène improvisée.

Le quartet new-yorkais de musique improvisée qui tourne le plus en Europe ce printemps existe grâce à un tromboniste chaux-de-fonnier, exilé aux Etats-Unis. Vingt-sept dates que Samuel Blaser déniche lui-même le matin, en gérant les agendas des musiciens de son nouveau quartet, ce qui ne va pas toujours de soi puisque son batteur Tyshawn Sorey devient une des personnes les plus demandées de la jazzosphère. Notamment à la suite de ses performances ébouriffantes avec le saxophoniste Steve Coleman. 

Tout va vite, à ce point que Samuel Blaser vernira demain soir son premier disque sous son nom «7th Heaven», avec la même rythmique, guitare, contrebasse, batterie, mais des musiciens différents. Il le fera au théâtre du Pommier à Neuchâtel, là même où il soufflait au côté d'un autre esthète de la coulisse, Glenn Ferris, il y a quelques années.

On pourrait s'amuser à résumer. Continuons plutôt à nous égarer dans l'itinéraire créatif de celui qui n'aime rien tant qu'un 78 tours de Billie Holliday qui grésille sur une platine: «Je peux l'écouter sans cesse.» Dans le métro entre Brookyln et Manhattan, il écrit «Métamorphose», une suite colorée qui forme l'ossature de cet opus signé par le prestigieux label allemand Between The Lines. Un disque sans standard et sans concession; même si la musique qu'il aime reste organiquement liée au groove et à la mélodie, il s'autorise aussi de grands espaces d'architecture libre où le guitariste Scott Dubois (dont le grand-père venait du Locle) peut digresser en paix et réinventer un jazz puissant aux échos parfois rock. Ce qu'il découvre le plus en ce moment: «Le sens de l'épure. Je n'ai plus besoin de montrer ma technique en faisant le show. Avec le guitariste Todd Neufeld, on parle de Brahms, de Varèse. Ces mecs apprennent le japonais, pensent à autre chose qu'au jazz et cela me fait un bien fou, même s'il leur arrive d'être très complexes dans leur manière de penser, de manger, de vivre.» Cette façon d'utiliser le trombone comme une possibilité de scinder l'espace par le son offre une géométrie nouvelle qui nous fait songer à Piet Mondrian en peinture.

Evidemment, les trombonistes du bleu comme J. J. Johnson ou Albert Mangelsdorff à qui il a dédié son thème «La vache» restent centraux dans son approche de l'instrument. Et son duo avec le druide veveysan du piano Malcolm Braff l'ancre dans un jazz plus traditionnel, chaloupé.

Le système Blaser repose sur une musicalité hors pair, mais aussi un sens de la famille développé: son cousin Alexandre Dell'Olivo signe une pochette où les trous ressemblent à des lézards. «Et le père de ma copine nous trouve des dates improbables en Pologne, et prend des initiatives qui me font trembler comme oser appeler la fille de Tomasz Stanko pour proposer à cet incroyable trompettiste de jouer avec nous.»

Le Neuchâtelois déménagera bientôt à Berlin pour découvrir une nouvelle facette de la scène des musiques improvisées, et il continue son «Solo bone» où la coulisse intègre l'homme. /ACA

Alexandre caldara